Zum Hauptinhalt springen

RedeVeröffentlicht am 2. März 2026

550. Jahrestag der Schlacht bei Grandson (fr)

Grandson (VD), 02.03.2026 — Ansprache von Bundesrat Ignazio Cassis, Vorsteher des Eidgenössischen Departements für auswärtige Angelegenheiten. Die Ansprache wurde auf Französisch gehalten. Es gilt das gesprochene Wort.

Monsieur le Président de la FCG, Monsieur Dominique Freymond,
Mesdames les Conseillères d’État, Madame Sylvie Bonvin-Sansonnens, Madame la Conseillère d’Etat Isabelle Moret,
Madame la Présidente Christelle Luisier,
Mesdames et Messieurs les représentantes et représentants des autorités cantonales et communales,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord d’adresser un mot de remerciement aux organisatrices et aux organisateurs de cette cérémonie.

Ce que vous avez accompli et ce que vous accomplissez n’a rien d’évident.

Il faut d’abord un rapport ordonné et serein à l’histoire.
Il faut ensuite de la passion.
Et enfin, il faut du temps et beaucoup de persévérance.

Lorsque je pense au temps et à la patience qu’exige l’entretien de ma propre maison, je préfère ne pas imaginer ce que représente un château millénaire !

Quoi qu’il en soit, merci infiniment pour votre engagement et votre dévouement.

Il y a cinquante ans déjà, le comité d’organisation du 500e anniversaire faisait preuve du même enthousiasme.

En consultant les archives fédérales en vue de cette journée, j’ai découvert qu’une question occupait alors particulièrement les esprits : celle du « Röstigraben ». Le sujet avait même suscité des discussions au sein du Conseil fédéral !

Non seulement quant à la participation aux festivités – on avait résolu la question de manière pragmatique en envoyant simplement trois conseillers fédéraux – mais aussi quant à la représentation de la Suisse alémanique.

La Confédération avait alors recommandé aux organisateurs de prendre le pouls des cantons de Vaud et de Neuchâtel.

Après tout, il y a toujours le risque que des Bernois qui viennent dans la région ne repartent plus …

Et il fallait aussi se coordonner avec Morat – les commémorations n’avaient pas lieu ensemble.

Permettez-moi de vous le dire : aujourd’hui je suis venu seul, mais vous avez tout de même tiré le gros lot !

Premièrement, Grandson et Morat célèbrent désormais cet anniversaire ensemble.
Deuxièmement, vous contournez habilement la question du Röstigraben en invitant un Tessinois !

Lors de mes recherches, mon service historique m’a toutefois déconseillé de m’aventurer - en présence de tant d’historiennes et d’historiens - dans les détails du déroulement de la bataille ou des types d’armes.

Ce serait plus risqué que de débattre de politique européenne en Suisse – peut-être est-ce la raison pour laquelle le président de la Confédération est aujourd’hui à Bruxelles …

Je ferai donc ce que les conseillers fédéraux font toujours : je prendrai du recul et mettrai en perspective.

Mesdames et Messieurs,

Il y a cinquante ans, certains doutaient que l’époque se prête à une célébration.

Aujourd’hui encore, nous pouvons nous sentir mal à l’aise à l’idée de commémorer une bataille.

Conduisez plus de vingt heures vers l’est, et vous vous retrouverez à Kiev, en zone de guerre.

Ce conflit domine nos médias en raison de sa proximité, mais il n’est pas le seul : dans le monde, on recense aujourd’hui près de 90 conflits armés ou situations assimilables à des guerres – et la tendance est à la hausse.

Ces temps doivent nous faire réfléchir.

En 1915, à l’occasion du 600e anniversaire de la bataille de Morgarten, en pleine Première Guerre mondiale, le conseiller fédéral Giuseppe Motta déclarait :

« […] Les temps n’invitent ni à la vaine ostentation ni à la suffisance, mais à l’humilité et au recueillement. Un monde nouveau est en train de naître sous nos yeux – magnus ab integro saeculorum nascitur ordo. »

Aujourd’hui encore, nous sommes témoins de bouleversements géopolitiques tectoniques.

Nous pouvons nous sentir dépassés face à l’émergence d’un nouvel ordre mondial.

Mais nous pouvons prendre cette citation à cœur. Nous recueillir. Nous situer. Nous situer dans l’histoire.

Nous ne célébrons donc pas aujourd’hui un affrontement guerrier, mais un pan de l’histoire suisse – et ce qu’il est devenu dans notre pays.

Notre pays a été façonné, au fil des siècles, par des conflits :
les guerres de Bourgogne, les guerres de religion, l’effondrement de la République helvétique centralisée, le Pacte fédéral de 1815 ;
puis le Congrès de Vienne, la guerre du Sonderbund, et enfin la Constitution de 1848.

De ces périodes tumultueuses est progressivement née la Suisse d’aujourd’hui.

À travers les lignes de fracture de ces conflits, notre pays a appris que nous appartenions ensemble – et comment tenir ensemble.

L’histoire suisse révèle un schéma : les grands conflits n’ont pas conduit à l’uniformisation, mais à une institutionnalisation différenciée. En d’autres termes : la coexistence plutôt que la mise au pas.

Notre histoire n’a jamais été simple ni manichéenne. Au fil des siècles, le compromis est devenu une vertu politique.

Il a permis à la Suisse de se rapprocher.

Il a permis à la Suisse de devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

On pourrait aussi dire que nous avons grandi à travers le Röstigraben.

Ce sont là des leçons de l’histoire.

Mais toute médaille a son revers.

Car avec la connaissance du passé, nous héritons aussi d’une responsabilité pour l’avenir.

Je citerai Carl Friedrich von Weizsäcker :
« Ce qui distingue l’homme, ce n’est pas qu’il ait une histoire, mais qu’il comprenne quelque chose de son histoire. »

Les défis futurs sont particulièrement délicats pour les démocraties. Les risques à venir – qu’il s’agisse de l’évolution démographique, des questions de défense ou des bouleversements géopolitiques – sont encore difficiles à saisir et à expliquer.

Pourtant, pour être prêts à temps, nous devons prendre dès aujourd’hui des décisions – parfois impopulaires – dont les bénéfices ne se manifesteront que plus tard.

Mesdames et Messieurs,

Si un monde entièrement nouveau ne naît peut-être pas, un nouvel ordre se dessine assurément dans celui-ci.

Il n’est pas excessif de penser que l’histoire considérera peut-être notre époque comme une nouvelle ère. Mais ce jugement ne nous appartient pas — du moins pas au sens historique du terme.

Il nous appartient en revanche d’identifier les tendances, les ruptures et les évolutions de long terme, afin d’acquérir des repères pour nos décisions futures.

Depuis la bataille de Grandson, la Suisse a appris progressivement à construire une coexistence pacifique. Appliqué à notre présent, on peut dire que le château de Grandson servait autrefois de forteresse ; aujourd’hui, il est un lieu d’échanges culturels et de dialogue.

De l’histoire naît la responsabilité – et de la responsabilité naît l’avenir.

Avec persévérance et passion - avec bon sens et un rapport ordonné à l’histoire, nous y parviendrons.

Ce sont là de nombreux ingrédients. Mais il existe aussi une autre vertu typiquement suisse : l’apéritif!

Et un apéritif réussi ne fonctionne qu’avec un bon assortiment… et l’envie de trinquer ensemble.

Je vous remercie de votre attention.
Je vous souhaite une excellente journée et une commémoration digne de cet anniversaire. Merci.